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218 pages, 24 euros
ISBN 978-2-35821-013-3

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Auguste Rodin

Éclairs de pensée

Ecrits et entretiens

Enfin mes parents estimèrent qu’il était temps de m’orienter vers une carrière, et, se rendant compte de mon goût pour le dessin, me firent entrer à l’école de dessin de la rue de l’École-de-Médecine, appelée la Petite École, certainement pour la distinguer de l’École des Beaux-Arts. Elle avait été fondée par Bachelier, sous Louis XV. J’y fis des progrès rapides. Je me rappelle avoir copié des sanguines d’après Boucher. Je passai dans la classe de dessin d’après la bosse. Des élèves modelaient d’après des Antiques. Pour la première fois je vis de la terre glaise ; il me sembla que je montais au ciel. Je fis des morceaux séparés, des bras, des têtes ou des pieds ; puis j’attaquai la figure tout entière. J’ai compris l’ensemble d’un coup. Je faisais cela avec autant de facilité qu’aujourd’hui. J’étais dans le ravissement. Je me présentai à l’École des Beaux-Arts. Je fis trois fois le concours d’entrée. Je fus toujours refusé. La Petite École avait gardé quelques traces de l’enseignement du XVIIIe siècle ; la vie, le sentiment, la grâce n’y étaient pas proscrits ; cela se montrait clairement dans mes dessins. Mais c’était l’Institut qui dirigeait l’Ecole des Beaux-Arts, jugeant les concours, corrigeant les élèves à tour de rôle pendant un mois. Il condamnait tout ce qui rappelait l’art du XVIIIe, et ceux qui, même faiblement, se réclamaient de lui étaient traités en hérétiques. Je l’ignorais alors ; je ne le sus que plus tard.
Rodin

Textes réunis et présentés par Augustin de Butler

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