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116 pages, 16 euros
ISBN 978-2-35821-062-1

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Revue fondée par Marco Martella

Jardins, n° 2

2011, Le Réenchantement

Giuseppe Penone, Le jardin commence
Didier Semin, L’Arbre des voyelles
Jorn de Précy, Le jardinier animiste
Mavis Batey, Alexander Pope, poète et jardinier
Claude-Joseph Dorat, Les malheurs de l’inconstance
Bruno Montpied, Naïfs théâtres de verdure
Fernando Caruncho, La géométrie et la lumière
Eryck de Rubercy, Au cœur du parc, l’aromate des prairies
Bruno Bentz, Les ambitieuses Naïades de Marly
Marina Fresa, Le Pays des jouets
Hildegarde von Bingen, La mandragore
Elisabetta Cereghini, Jean-Marie Nouazé, La poésie du bocage
Claude Dourguin, Propos de jardins
Gabriel Wick, Les promenades de La Roche-Guyon
Alice Schÿler Mallet, Le piège aux fées du Bois des Moutiers


L’art du jardinier s’apparente à celui de l’enchanteur. Dans la Jérusalem Délivrée, le Tasse décrit le jardin des délices de la magicienne Armida : dans cet enclos luxuriant, labyrinthique, conçu pour ensorceler et pour retenir les chevaliers chrétiens, l’art imite la nature qui, à son tour, imite l’art, dans un jeu de miroir sans fin. Jamais le jardin n’a été autre chose et la magicienne rusée reste l’archétype même du jardinier. Espace du rêve, du dérèglement des sens, remise en question permanente du rapport de l’homme au monde, chaque jardin, aussi petit et naïf soit-il, convoque l’extraordinaire en son sein. Pour accomplir pleinement sa vocation, il doit susciter le merveilleux. L’histoire de l’art des jardins abonde d’exemples : le monde onirique des grottes des villas de la Renaissance, les fêtes somptueuses réunissant tous les arts dans les jardins princiers du XVIIe siècle, les fabriques évoquant des lieux et des époques lointains dans les parcs paysagers du XVIIIe siècle, l’émerveillement produit par le foisonnement naturel, paradisiaque, des jardins « sauvages »… Aujourd’hui, le jardin fait plus que répondre à notre besoin de merveilleux. Il ré-enchante les lieux de nos existences. Comme la poésie, il subvertit la modernité et devient, presque à son insu, un enclos de résistance. Il stimule notre imagination là où la prolifération des images et des technologies ne fait que l’occuper. Il réintroduit du mystère dans les espaces de la modernité sur-réglementés par les planificateurs du territoire, faits pour des usagers et non pour des individus. Il parle d’une époque où les humains, pour citer Hölderlin, habitaient la terre en poètes. La nature, vivante, féconde, généreuse, nous dit le jardin, est encore là, tout près de nous. Et il suffit d’un simple geste de jardinier pour recréer un lieu enchanté. Un monde habitable.
Marco Martella

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